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Critique

Vénusection. La déesse revisitée à travers Freud et Sade. Belle, cruelle"" et nue jusqu'aux entrailles. Georges Didi-Huberman, Ouvrir Vénus, Gallimard «Le Temps des Images»,158 pp., 155 F.

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Publié le 23/12/1999 à 2h21

Elle se tient debout sur un gros coquillage. A sa gauche, un couple

enlacé vole dans les airs, le personnage masculin soufflant une haleine qui pousse la conque vers le rivage. A sa droite, une jeune femme déploie un tissu comme pour envelopper celle qui arrive de la mer. Elle a posé une main sur son sein et, de l'autre, a saisi le bout de ses longs cheveux pour en couvrir son pubis. La Vénus de Botticelli est l'un des fleurons des Offices. Après bien d'autres historiens de l'art, Georges Didi-Huberman observe à son tour le tableau et il y voit ce que personne, à l'exception peut-être d'Aby Warburg, n'avait discerné. Il remarque évidemment sa beauté, la qualifie de sculpturale, marmoréenne, détourée, ciselée, bref, froide, droite et, comme Diane chasseresse à laquelle il fait référence, plutôt frigide. Mais là n'est pas l'important. S'appuyant sur une lecture freudo-bataillienne qui est devenue sa marque de fabrique, il a tôt fait d'y détecter un exemple de cruauté. Cruelle, Vénus? Le lecteur dubitatif est invité à suivre l'histoire de Nastagio degli Onesti, peinture en quatre panneaux exécutée par le même Botticelli à partir d'un conte de Boccace. Didi-Huberman a beau jeu de montrer que la femme rousse et nue victime d'un chevalier particulièrement féroce est soeur de la jeune fille montée sur coquillage. La beauté y est soumise ici à rude épreuve puisque le récit stipule que l'amant éconduit poursuit avec ses chiens l'indifférente jusqu'à lui arracher (par le dos!) coeur et

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