Bernard Smith, l'homme qui éditait Hammett, Chandler, Cain et
Langston Hugues, et ensuite a produit des films comme Elmer Gantry ou Cheyenne Autumn à Hollywood, est mort à Beverly Hills le 21 décembre sans que le monde lui prête trop attention. Il avait 92 ans. Ce New Yorker était en fait une sorte de Thin Man (l'Introuvable) de l'édition: entré chez Knopf en 1928, il occupa très vite le poste de chef d'édition et y resta près de vingt ans. Et pourtant il n'a été interviewé par aucun des trois biographes de Hammett, ni par celui de Chandler (Frank McShane, décédé lui aussi le mois dernier), alors qu'il devait être très accessible dans son métier de producteur. Il entretenait des rapports plus cordiaux avec Cain, et est abondamment cité par Scott Eyman dans sa toute récente biographie de John Ford; et il a lui-même écrit ses mémoires, A World Remembered, en 1994. Sa présence fantomatique s'explique plus peut-être par le caractère d'Alfred Knopf, et de sa femme Blanche, qui entretenaient des rapports personnels avec leurs auteurs (pour augmenter le mystère, il n'existe à ce jour aucune biographie de Knopf). Mais Bernard Smith se sera pourtant fait remarquer au moins deux fois dans sa carrière d'éditeur: en refusant Au-dessous du volcan, et en «réécrivant» un personnage encore plus mystérieux que lui, B. Traven. C'est en effet lui qui jouait les agents de liaison entre la maison d'édition et le fameux révolutionnaire émigré au Mexique. Traven envoyait des traductions plutôt fru




