Chez nous, la France est l'affaire du président de la République. Il
la raconte, la représente, la promène par monts et par vaux, vaches, cochons. En Angleterre, rien de tel, l'Angleterre est l'affaire de chacun, et singulièrement des romanciers, proches en cela de leurs collègues américains (voir le «cahier Livres» du 6 janvier).
England, England, le roman de Julian Barnes, relate comment, en des temps futurs, un magnat du loisir haut de gamme s'empare de l'île de Wight. Il la rebaptise «England, England», concentre dessus tout ce qui caractérise Albion et son passé, les batailles et les conquêtes, l'Empire et les beaux restes. Il y a Big Ben, une réplique de Buckingham Palace, on peut faire ses courses chez Harrods avec profit, le magasin est reconstitué à l'intérieur de la tour de Londres.
Dans l'esprit de sir Jack le magnat despotique, il ne s'agit pas d'un parc à thème, mais bien de «la chose elle-même». La famille royale est sous contrat pour jouer son propre rôle. L'île toc est appelée à devenir authentique. Le touriste préfère les copies faciles d'accès aux sites originaux, géographiquement dispersés, trop fréquentés, et, au final, décevants sinon hors d'atteinte. L'autochtone se prend au jeu, les gens payés pour se déguiser en contrebandiers se mettent à frauder, le pseudo-Robin des Bois veut rendre la justice, on le traque, les voyageurs en ont pour leurs dollars et leurs yens. Mais ça, c'est quand l'auteur joue le jeu à son tour.
England, England est moins un roman qu