Richard Jorif et Frédéric Mops ont des rapports bien établis: le
premier est l'auteur d'une trilogie romanesque dont le second est le héros. Cela devrait suffire pour que chacun d'entre eux se tienne bien à sa place. Rien n'est moins sûr, ils se plaisent à se confondre pour mieux confondre leurs lecteurs. Tous deux sont écrivains, et, si l'on excepte les quatre romans de Richard Jorif parus entre 1987 et 1990, ce sont des écrivains assez doués pour ne pas écrire, Jorif n'a rien publié avant 57 ans et Frédéric Mops n'a rien publié du tout, il est vrai qu'il n'a pas encore atteint cet âge et ne l'atteindra jamais si l'on veut bien croire, mais à qui se fier, que ce Tohu-Bohu clôt le cycle des aventures de Frédéric Mops.Tous deux ont réussi à échouer dans la rédaction d'un même ouvrage: le Tombeau de Littré. Maximilien Paul Emile Littré, le lexicographe solitaire, est la grande passion de leur vie, ils connaissent son dictionnaire par coeur et, à force de s'en imprégner, ils se résolurent, chacun de son côté, à la même constatation: son oeuvre si riche en exemples et citations en contient entre dix et onze mille sans source d'auteur, à commencer par celle-ci, jugée primordiale, au mot «fille»: «Le ciel a comblé mes voeux en me donnant une fille.» Mops et Jorif sont convaincus que toutes ces phrases non créditées constituent l'autobiographie cryptée de Littré (il avait une fille, il l'appela Sophie), qu'il suffit (c'est facile à dire, on voudrait vous y voir) de les mettre dans l




