Du temps que la mélancolie était une maladie grave, cette humeur
noire qu'on nomme aujourd'hui neurasthénie ou dépression nerveuse, le diagnostic, appliqué à Arnaud Guillon, eut été un peu sévère, mais depuis que Victor Hugo a écrit que «la mélancolie, c'est le bonheur d'être triste», on comprend mieux de quoi souffre ce jeune homme. Du bonheur d'être triste. Et lorsque la mélancolie vous prend trop jeune, trop fringant, trop heureux pour tout dire, il faut lui mentir, tricher, lui inventer regrets et remords, déplacer ses souvenirs vers le passé pour leur donner l'âge de produire une nostalgie vraisemblable, présentable. C'est ce que fit Arnaud Guillon pour son premier roman Daisy, printemps 69 (Plon, 1998) où il situait, comme le titre l'indique, en 1969, un jeune homme qui lui ressemblait, mais plus vieux d'une génération.
Avec Ecume Palace, on se rapproche un peu, timidement, du contemporain. L'histoire s'écrit une bonne dizaine d'années après Daisy, les narrateurs portent des noms différents, le second prend même bien soin de faire allusion au précédent pour se couvrir (page 44), mais ces deux écrivains nonchalants et dégingandés se ressemblent, et la nostalgie, le sujet du deuxième roman, s'attache à ces mêmes années de la fin des sixties. Comme si la seule raison impérieuse et inavouable d'écrire était de parler de soi, de se mettre en avant et la moindre des politesses, lorsqu'on ne sait pas y résister, de se cacher, de se cacher derrière un masque si transparent que




