On revient toujours sur le lieu du crime. Pour l'écrivain japonais
Kenji Nakagami né en 1946 et mort en 1992, c'est un quartier de la ville de Shingû, dans la péninsule de Kii: Roji, «les Ruelles». Son crime? Y avoir vu le jour. Les Ruelles, ghetto des burakumin, littéralement «gens des hameaux spéciaux», équivalents des intouchables de l'Inde qu'on appelait dans le Japon ancien les eta ou les hinin, les «non-hommes». C'est à eux qu'étaient dévolues les tâches que le bouddhisme et le shintoïsme considéraient comme impures, ces métiers liés à la mort et au sang: bouchers, équarrisseurs, tanneurs ou tueurs aux abattoirs" Aujourd'hui encore, les burakumin subissent le poids des préjugés séculaires. Issu de cette minorité de parias, Nakagami, loin d'en rougir, n'aura eu de cesse d'explorer dans ses livres cet univers de la marge, «d'aller dans le sens de la nuit, à l'inverse de vous-même», dirait Genet. Là où les normes sont bouleversées et le chaos se substitue à la règle: une micro-société dans laquelle la licence sexuelle, l'inceste, la violence, la prostitution, le suicide sont pratiques courantes" Le Bout du monde, moment suprême est l'ultime volet d'une trilogie, commencée avec le Cap (Picquier 1996), premier roman de Nakagami couronné en 1975 par le prix Akutagawa. Suite de la Mer aux arbres morts (Fayard 1989), on y retrouve la figure d'Akiyuki le jeune forestier idéaliste, et les Ruelles, évidemment; même si celles-ci ont été rasées par des promoteurs immobiliers. Puisq




