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Libération

Salon du livre. Panevezys, les révolutions permanentes. Après exils, occupations et déportations, la librairie fondée par Juozas Masiulis bouleverse le destin de sa petite-fille.

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Publié le 16/03/2000 à 23h34

Panevezys (Lituanie), envoyé spécial.

Le portrait trône derrière la caisse, éclairé par une lampe dorée. La toile vernie représente un homme aux cheveux blancs et courts dont le costume laisse deviner d'étroites épaules. Il est assis devant un pan de livres aux couvertures sombres. Juozas Masiulis, mort depuis soixante ans, est de retour chez lui, dans cette librairie spacieuse et claire de Panevezys, une ville lituanienne de 160 000 habitants ­ dont pas mal de chômeurs ­ à 140 km de Plaine au nord-ouest de Vilnius, sur la route de Riga. «En 1944, quatre ans après la mort de mon grand-père, ma grand-mère a dû quitter précipitamment la Lituanie. On l'avait prévenue qu'elle allait être arrêtée par le NKVD. Elle est partie en laissant la clé sur la porte de la librairie, n'emportant que le portrait roulé de son mari.»

Caroline Paliulis, la petite-fille de Juozas, parle avec vénération de ce grand-père qu'elle n'a jamais connu et qui a transformé sa vie. Née en France en 1949, de parents lituaniens, cette comédienne qui a longtemps fait partie de la bande du petit théâtre de Bouvard, a été rattrapée par un destin inattendu auquel toute sa vie l'avait pourtant préparée. Elle a débarqué en Lituanie en 1995, désormais à la tête de deux librairies, diffuseuses de littérature française.

Raconter Caroline, c'est raconter l'histoire de trois générations. Juozas, le grand-père, était passeur de livres. A une époque où l'usage de la langue lituanienne était interdite par le tsar, il allait

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