Dentiste de formation, Yu Hua est né en 1960 à Hangzhou, au sud de
Shanghai. Après Vivre! (Livre de poche, 1994), le roman éponyme du film de Zhang Yimou primé à Cannes en 1994, des récits, Un monde évanoui (Philippe Picquier, 1994) et le roman le Vendeur de sang (Actes Sud, 1996), paraît une sélection de ses premières oeuvres sous le titre Un amour classique. Ces quatre «petits romans», zhong pian xiao shuo (genre littéraire chinois dont la longueur varie entre cinquante et cent pages) s'apparentent, par leur esthétique froide et leur violence distanciée, à des contes cruels, plus qu'à des récits. Carnage familial, cauchemar appliqué et obsession du crime sont les mots d'ordre de l'auteur. Il était en France pour le Salon du livre de Villeneuve-sur-Lot.
Vous aviez six ans au commencement de la révolution culturelle, cette époque a-t-elle eu une incidence sur votre oeuvre?
Enorme. Je m'en souviens comme un mélange d'épouvante et de bonheur. L'épouvante parce que mon père, qui était directeur d'un hôpital (donc, assimilé bourgeois), a été violemment attaqué. Enfant je voyais dans la rue des dazibaos [ndlr: «journaux en grands caractères», placards sur lesquels l'on désignait, entre autres, les ennemis du peuple] avec son nom barré de grandes croix rouges. J'apprenais que le parent de tel ou tel camarade s'était suicidé. Des groupes s'affrontaient avec des gourdins. Le côté joyeux, en revanche, c'est qu'on n'allait pas à l'école.
Mais la présence de la violence et de la mort dans




