Menu
Libération

Les personnages de Hella Haasse vivent dans l'ignorance de ce qui les meut, de ce qui les émeut, seul le lecteur, et pas toujours, peut reconstituer le puzzle.

Réservé aux abonnés

Publié le 06/07/2000 à 2h50

Amsterdam envoyé spécial

Hella S. Haasse habite à Amsterdam, dans un immeuble moderne, de grand standing, on l'appelle le Byzansium, comme s'il suffisait de vivre bourgeoisement pour que ce soit Byzance, au bord du canal Singelgracht, à l'orée du parc Vondel. On entre par le septième étage, une courte entrée, un placard débordant des traductions de ses livres dont elle bourre les poches de ses visiteurs étrangers, mais il faut descendre aussitôt un escalier, pénible pour cette femme souriante et lumineuse de 82 ans qui souffre de goutte aux pieds et d'arthrose dans le dos. Au sixième, une grande pièce sert à la fois de salon, de cuisine, de bureau et de salle de musique où son mari, magistrat à la retraite, élégant et discret, joue d'un piano de concert vernis noir: "C'est comme un souvenir, dit-elle, j'ai passé mon enfance à Jakarta, sous le piano de ma mère, heureuse, je crois que toute cette musique que j'y ai entendue fut ma meilleure école de style, j'ai entendu là les plus beaux phrasés d'une langue, j'essaie de les retrouver quand je peux, dans mon écriture." Parce que la grande dame d'Amsterdam, celle qu'on honore de succès et d'estime comme le plus grand écrivain néerlandophone, ne se sent pas trop hollandaise, n'a pas vraiment choisi de vivre à Amsterdam: "Je suis née en 1918 dans ce qu'on appelait alors les Indes hollandaises, j'y suis restée vingt ans. Je suis venue ici pour faire mes études, avec la ferme intention d'y retourner. Mais il y a eu la guerre, l'indép

Dans la même rubrique