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Critique

Quiroga, mort aux dents

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Egorgement, noyade et coup d'épingle: des mille manières de trucider par un Uruguayen qui se suicida en Argentine en 1937.

Publié le 12/10/2000 à 5h17

La vie de Horacio Quiroga, né en Uruguay en 1878 et mort en Argentine en 1937, n'a été que succession de tragédies: mort violente de son père, suicide de son beau-père, de sa première femme, mauvaise manipulation de pistolet par laquelle il tue son meilleur ami... Enfin, sa mort volontaire à Buenos Aires. Pas étonnant que son oeuvre soit auréolée d'une atmosphère d'étrangeté morbide. Contes d'amour de folie et de mort (1917), un classique de la forme brève latino-américaine telle qu'elle sera pratiquée plus tard par Julio Cortazar, illustre cet univers où les limites du réel et du rêve, voire du cauchemar, se fondent. Chez Quiroga, nul pathos: le regard est distancié, la froideur du style dessine les contours de la folie. Le joaillier Kassim, excédé par l'avidité de sa femme, plante dans son sein l'épingle en diamant qu'elle convoitait. Quatre garçons atteints de crétinisme égorgent leur petite soeur, parce que, bien que déficients, ils «possédaient (...) une certaine faculté d'imitation»: «L'un d'entre eux lui serra le cou en séparant ses boucles comme s'il s'agissait de plumes, et les autres la traînèrent par une jambe jusqu'à la cuisine où ce matin-là on avait saigné la poule, tenue d'une main ferme, en lui arrachant la vie seconde par seconde» («la Poule égorgée»). Des marins, ne supportant plus leur propre effroi, passent l'un après l'autre par-dessus bord comme appelés par quelque chant de sirène. Un seul survivant: «Au lieu de m'épuiser à me défendre à tout prix, ango

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