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Libération
Critique

Premier siècle avant Elvis.

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Nick Tosches poursuit son exploration de la mythologie du rock'n'roll américain. Entre érudition et burlesque.

Publié le 09/11/2000 à 6h22

Suite attendue à Country, et bien mieux exécutée, Héros oubliés du rock'n'roll (les années sauvages du rock avant Elvis) balaiera à jamais les monceaux de sornettes tièdes qu'on a pu écrire sur la question depuis des décennies. Du haut de son humour et de son mépris pharaoniques, Tosches dispense les vérités premières avec une acuité inouïe. Mélange improbable d'érudition cinglée et d'essai comique, Héros présente les figures obscures (et certaines un peu moins) de la musique populaire américaine qui ont pavé le chemin: des Dominos à Jackie Brenston, en passant par Wanda Jackson («la plus grande chanteuse menstruée que le monde ait jamais connue»). Et de citer son fameux hit Fujiyama Mama: «J'étais à Nagasaki, Hiroshima aussi/ Et c'que j'leur ai fait chéri, je peux t'le faire aussi (...). Quand ma lave s'met à couler, rien ne peut plus m'arrêter.»

Mais Tosches ne se contente pas toujours de faire le malin (comme avec le fendant «Ming & Ling, the Chink Rockabillies»): il peut aussi nous donner une visite émouvante chez Jesse Stone, en plein déménagement, suivie d'une oraison bien sentie lors de ses funérailles, en face de sa veuve. Jesse Stone, géant de la chansonnette qui fit les choux gras d'Atlantic Records, est représentatif de ces fondateurs d'une industrie, et des autres choix de Tosches. Il préfère parler des vrais artisans plutôt que des façades, souvent pâlottes, qu'étaient les chanteurs. Natif du Kansas, Stone était pianiste, compositeur, ami de Duke Ellington; il a

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