Amante de Bataille et de Picasso, camarade de jeux des surréalistes, patiente de Lacan: tout concourt à faire de Dora Maar (1907-1997) une héroïne idéalement romanesque. Jusqu'à son visage numismatique figé par Rogi André en 1941 et aujourd'hui en couverture d'une monographie, la première, à même de rendre justice à celle qui fut aussi une photographe douée de mystère. D'ailleurs, l'auteur des Vies de Dora Maar, Mary Ann Caws, une Américaine installée en France, ne cache pas son attirance pour cette femme à chapeaux au destin extravagant, au point parfois de noyer son sujet dans des détails nunuches.
Née Henriette Théodora Markovitch, d'un père architecte croate et d'une mère tourangelle catholique, élevée un temps à Buenos Aires, Dora Maar revient à Paris, en 1926, pour ses 19 ans. Ce Paris-là, où domine le noir Chanel et les bordels flamboyants, comment ne pas en rêver? Elle, elle rêve d'être peintre, puis photographe. Ouvre un studio-photo, de 1931 à 1934, avec un certain Pierre Kéfer. Rencontre Emmanuel Sougez, l'éminence grise de la Nouvelle Photographie, qui l'encourage à poursuivre dans cette voie. Et certains figurants du Paris artistique de l'entre-deux-guerres, Paul et Nusch Eluard, André Breton et sa muse Jacqueline Lamba, Man Ray, bien sûr, Brassaï, évidemment. Ses photographies ne ressemblent à rien de déjà-vu, dès ses débuts, elle mélange tout: genres et effets, portraits classiques et nus cubiques, naturel et surnaturel. Sans hésiter à trancher dans le réel ave




