Le septième roman de Marie NDiaye ne commence pas par la fin, non, la fin de l'histoire est à la fin du livre, du moins la fin de ce que nous avons à savoir de l'histoire, le reste ne nous regarde pas, ni ce qui se passera après, ni ce qui s'est passé pendant les dix-neuf années qui séparent cette fin des pages qui la précèdent. D'ailleurs, il n'y a pas de reste, il ne se passe jamais rien dans les histoires écrites en dehors des mots qu'on peut lire. Parfois, les lecteurs croient que les livres ne sont pas des mots, mais des gens, que l'auteur en sait bien plus long sur eux que ce qu'ils en disent, mais non, ce travail-là, sur l'ailleurs du livre, seuls les lecteurs le font. Pendant dix-neuf ans, il ne s'est donc rien passé, puisqu'il n'y a pas un seul mot sur ce temps, pas plus qu'après la fin du livre, il n'arrive rien, ni à Lagrand, ni à Rosie Carpe, ni à personne, qu'ils soient morts ou vivants, puisque le livre est fini.
Le septième roman de Marie NDiaye ne commence pas par la fin, au contraire, il se termine bien après que les blessures ouvertes ont fini de saigner, les dernières pages ne déchirent pas les cicatrices, ne déterrent pas les morts, et les ombres qui s'éloignent main dans la main sont apaisées, on se marie, on a des enfants parfois, une fin heureuse comme on dit en anglais, et tout le malheur du monde reste là, serré, séché, boule de boue dans la gorge, plus âpre encore que du temps de la douleur visible, et plus désespéré puisqu'aucune page ne suit qui po




