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Libération
Critique

L'oeuf de Bergounioux.

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Un «Premier mot» pour dire la fin d'un cycle qui, heureusement, ne referme pas le temps d'écrire.

Publié le 10/05/2001 à 0h49

On a lu tous les livres de Pierre Bergounioux: il est inconsolable. Mais peut-on se consoler d'un chagrin bienheureux? de cette vie qu'il appelle dans la conversation dense qui est sa respiration à l'oral, «ce petit moment d'individuation entre deux éternités de néant»? Dans ces mêmes conversations, on s'est amusé parfois à diviser sa vie en périodes de dix-sept ans puisque le hasard a voulu que cette durée divise son âge: il n'a pas quitté sa Corrèze natale avant sa dix-septième année, tentant, par l'observation des jours, d'en relier le pays aux regards qu'y ont portés ceux qui l'ont précédé. De dix-sept à trente-quatre ans, Pierre Bergounioux a lu des livres, tous les livres, presque tous les livres, étudié, réussi des concours, cherché dans l'écrit des autres la clé que le paysage refuse. Et professé en collège l'amour d'une langue française pour tous, et cette autre connue de lui seul qu'on trouvera dans ses livres, lourde et limpide, lourde comme l'angoisse, et limpide comme l'eau, il écrit aujourd'hui: «...je quittais l'ombre du frêne pour étudier l'eau. On aurait dit du cristal reflétant une flambée», l'eau comme la langue ont un fil qui risque de se perdre ou se briser. A trente-quatre ans, Pierre Bergounioux a publié son premier livre, sans viser spécialement cette année 2001, le terme du troisième cycle de dix-sept années. Et, pour le lecteur, la peur que se referme le temps d'écrire, et l'étonnement de le lire.

Non, pas d'inquiétude, comme le titre le dit, Pierre

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