Comme toutes les grandes villes, Paris existe hors la matérialité même de ses murs, «en surcroît de son territoire réel». Une cité fantastique en résulte, enchevêtrement de poèmes, de récits et d'images, une sorte de corps symbolique, mais dont la croissance alimente et modèle celle du corps physique de la ville. Ce constat, évidemment, n'est pas neuf. Walter Benjamin, Roger Caillois et bien d'autres après eux, ont tenté d'expliquer la genèse et la force de ce mythe. La démarche de Jean-Pierre Bernard est cependant différente. On ne peut, explique-t-il, s'abstraire de ce feuilleté de représentations que produit la ville en permanence. Mieux vaut donc s'y immerger, et écrire «sous la dictée de Paris». Davantage qu'une élucidation, son ouvrage s'apparente donc à un guide de voyage, au coeur même de cette cité de papier.
Six entrées organisent le parcours, renvoyant à quelques-unes des obsessions majeures qui taraudent l'écriture de Paris dans la seconde moitié du XIXe siècle. La première concerne la question des origines, ce récit initial dont nulle capitale ne peut se dispenser. Or c'est précisément en ce milieu de siècle, auquel les travaux d'Haussmann donnent l'allure d'une refondation, qu'on abandonne peu à peu les versions fabuleuses (égyptienne ou troyenne) au profit de celle, plus historique, de la création par la tribu belge des Parisii. Désenchantement tout relatif au demeurant, et qui ne parvint guère à ébranler l'idée d'un Paris éternel prédisposé à la grandeur. Aux




