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Critique

Bilan de Fante.

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Les fans de Fante, mort en 1983, croyaient tout savoir de lui. Son biographe Stephen Cooper propose de l’inédit. Portrait du joueur.

Publié le 07/06/2001 à 1h10

Tout biographe sait qu’il en est des vies comme des huîtres: il n’y a qu’un bon endroit où placer le couteau pour l’ouvrir. Stephen Cooper trouve cet endroit. «Au cours de l’été 1960, à l’âge de cinquante et un ans, John Fante prit l’avion de Los Angeles pour Rome.» Engagé par Dino De Laurentiis, Fante a amplement le temps après le travail de faire le point sur sa vie. Et le moment est bien choisi: ses démons sont pour la plupart derrière lui, même si on le voit beaucoup à l’hippodrome de Capanelle. Il est raisonnablement nanti, scénariste en demande, même si les deux aventures italiennes précédentes lui ont appris à ne plus rien espérer de ce côté-là (et de fait, Black City, histoire de roi du marché noir à Naples destinée à Rod Steiger, ne se fera pas). Mais la distance aidant, et malgré le charme de Rome (c’est l’année de la Dolce Vita), sa piscine lui manque, et son chien, et même, oui, ses enfants. Il écrit des lettres d’amour à sa femme Joyce, qu’il voulait encore quitter dix ans auparavant. Fante ne le sait pas encore, mais c’est aussi pour lui un peu la fin des vaches à lait et de la bonne vie: en Italie il se gorge de nourriture et de vin qui aggraveront le diabète diagnostiqué cinq ans auparavant qui finira par le tuer, morceau par morceau. Cooper nous montre néanmoins l’écrivain se rendant, en décapotable de location, dans le village des Abruzzes de Torricella Peligna, siège du clan Fante depuis le début du XVIIIe siècle. La biographie peut commencer.

Christian Bou

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