Yéhuda Amichaï, mort en septembre dernier à 76 ans (1), fut sans doute le plus grand poète d'Israël, dans un pays qui ne considère pas la poésie comme une province reléguée et où des poèmes sont publiés chaque semaine dans certains quotidiens de haute tenue. Qu'Amichaï fût lauréat du prestigieux prix d'Israël (1982) importe peu; il eût pu être ainsi «canonisé» de son vivant et provoquer l'ire ou le dédain de nouveaux jeunes hommes en colère. Sauf qu'il sut échapper à la momification et lancer ses éclats de colère, d'invention et de révolte jusqu'à l'ultime ligne.
Né en Allemagne en 1924, émigré en Israël en 1935, il combattit dans la Brigade juive (pendant la Seconde Guerre mondiale), rejoignit le Palmah (commandos de choc), participa à la guerre d'Indépendance de 1948, avant de devenir professeur de collège; il avait donc tout pour être l'un de ces graphomanes pompeux de la «génération du Palmah», chantres des pionniers et des débuts romantiques et innocents de l'Etat hébreu, quitte à écoeurer les générations suivantes, recrues d'héroïsme.
Or, dès son premier recueil paru en 1955 (Maintenant, et en d'autres jours), Yéhuda Amichaï se montre sceptique et irrévérencieux, ses textes bruissent de chars, d'avions, de modernité, dans des vers à l'hébreu novateur, puisé aussi bien dans la langue classique que subvertie par l'argot de la rue, apportant un «changement révolutionnaire dans la langue poétique», comme l'affirment les attendus de son prix Israël.
Poésie le plus souvent tris




