Menu
Libération
Critique

Nil par ailleurs

Réservé aux abonnés

Un péplum anachronique et rocambolesque de Benoziglio où il joue autant avec les mots qu'avec l'histoire.

Publié le 06/09/2001 à 0h44

L'histoire se passe treize ou quatorze siècles avant Jésus-Christ, à une époque où bien peu de gens en avaient entendu parler, et pourtant déjà le compte à rebours avait commencé, on dit que les gens naissent vers 1370 avant J-C, qu'ils s'appellent Pharaon, enfin ici, du moins, le héros et néanmoins narrateur s'appelle Pharaon, qu'il est pharaon et qu'il régna (le pays n'est pas cité, on imagine l'Egypte, non?) de 1350 avant ce mystérieux Jésus-Christ, jusqu'en 1335 de la même ère. Il a mille projets dont le plus ambitieux donne un titre au livre: édifier une pyramide ronde. L'entreprise sent son oxymore, si l'on s'en tient à l'idée qu'on s'en fait, dictionnaire à l'appui: «Polyèdre qui a pour base un polygone quelconque et pour faces latérales des triangles possédant un sommet commun», mais après tout pourquoi pas un cône, un cône tronqué, une sphère, un hémisphère posé sur le ventre et, si l'on s'image le mot tombé d'une racine «pyros», le feu, c'est la porte ouverte à toutes les cheminées.

On attend toujours avec tendresse un nouveau Benoziglio, vaguement suisse, auteur de dix romans drôles et ironiques, l'élégance discrète de se moquer de lui-même au point qu'on croit que chaque livre est autobiographique, et qu'il ne vit que pour les écrire, que la vie est plus drôle dans les livres lorsqu'on la raconte, puisque le plus dur est passé, la vivre. Et nous voilà soudain renvoyés trente-cinq siècles en arrière, avec le pressentiment que Jean-Luc Benoziglio ne fut jamais Phara

Pour aller plus loin :

Dans la même rubrique