«Je ne suis pas fou», dit Pierrot d'entrée de jeu. Et cette phrase donne déjà le sens d'une histoire qui pourrait être si banale: 20 ans et l'envie de partir loin de ce trou nommé Guebwiller, écrasé dans la grisaille de l'Est. «Fuir nos familles, le froid qui ne nous quittait jamais, les petits espaces, les volets et les visages clos [...] Etre ailleurs, à jamais étrangers.» «Ailleurs», ce sera Kétama, village des montagnes du Rif marocain, «terre aride et de détresse» avec laquelle Pierrot va «faire corps» jusqu'à la vouloir sépulture. Kétama noyé dans les vapeurs du kif et dans la lumière indicible des pays du nord de l'Afrique qui est déjà sérénité. Kétama, un monde inconnu mais pas sans écho pour Pierrot car proche de celui de ce père kabyle mort à 50 ans et si peu intégré à Guebwiller, si seul à côté d'une mère refusant la culture de l'Autre. Kétama ou l'impossible retour sur les lieux du père.
«Non je ne suis pas fou», répète Pierrot. Et déjà, l'histoire bascule au point de faire pressentir, sans que rien jamais ne soit dit explicitement, que le rêve sera tourment. Comme si chaque mot criant l'espoir était annonciateur du malheur à venir.
Pollens, à l'inverse de ce titre banal, est une errance dans le songe, le fantastique où une passion presque prétexte celle de Pierrot pour Sonia se transforme en un conte métaphysique qui glisse perpétuellement entre réel et folie. Loin de la légèreté d'un début de roman dans lequel on entre presque distraitement avant de se retrou




