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Critique

Objectif terre.

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Le paysage dans l'oeil d'Henri Cartier-Bresson, 93 ans, cartographe d'un monde en fuite.

Publié le 04/10/2001 à 1h10

Paysages est le dernier livre d'Henri Cartier-Bresson, mais il ne veut pas en parler. Question: «Là, c'est comme un autoportrait, non?» «Pfft pfft», répond-il et il rit, Henri Cartier-Bresson, 93 ans. «Mais vous avez quand même choisi toutes les photos?» «Ah non, c'est pas moi, c'est lui!» Lui, c'est Robert Delpire, l'éditeur complice de toujours, qui connaît tout par coeur. Ou presque. Il a donc composé un roman photo majestueux, lent fleuve en noir et blanc découpé en neuf séquences, un chiffre porte-bonheur. Sur la première image, plein soleil, dans un champ en Provence, l'ombre du photographe photographiant avec sa casquette de titi. Sur la dernière, un train filant dans l'Arizona, à toute vitesse, comme aspiré par le hors-champ. Entre les deux, un espace fou: le monde.

Il y a toujours chez Henri Cartier-Bresson un petit quelque chose de plus. Pas un truc, non un vrai plus, comme dans les films de Jean Renoir ­dont il fut l'assistant­, fluidité, mouvement, passion pour les acteurs. Où qu'il soit, et la liste des pays visités est aussi longue qu'une traîne de mariée, il parvient à rassembler, en une fraction de seconde, tout ce qu'il faut pour composer un merveilleux instant. Il est comme quelqu'un qui n'oublie jamais rien dans sa valise, quelle chance d'avoir une bonne mémoire. Il fait beau à Paris, il voit des amoureux roucoulant, et hop! dans la boîte. C'est triste Berlin et son mur en 1962, mais ces trois jeunes gens, vus de dos, représentent l'espoir, ils attendent un

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