A la fin du livre, lorsque tout est fini, au moment même où l'on espère que tout commence, à la fin seulement, on comprend pourquoi ce texte est si tendu, le fil de l'écriture si ferme, prêt à rompre, comme la chanterelle d'un violon, le câble du fil-de-fériste, la corde du pendu: on rencontre enfin l'auteur, le nez en l'air, à ramener vers sa terre un cerf-volant de trop d'envergure, un cerf-volant qui ne tient l'air que sous la puissance de souffles contraires, et qu'il faut pourtant dompter en dominant la force du vent, apprivoiser en lui donnant fermement l'illusion d'un peu de mou. Ou plutôt ce pêcheur au gros, les pieds tanqués dans sa terre, la gaule douloureusement enfoncée dans l'estomac, les mains de corne et de sang crispées sur le liège déchiré de la canne, le scion d'acier courbé dans son refus de céder, et au loin, là-bas, dans la mer de Chine, à des encablures de son île Maurice natale, la morsure de l'hameçon lui déchire la coque, ce bateau à la dérive le Ming Sing, et ses cent ou deux cents boat-people, engagés payants et floués, volontaires pour l'exil ou le naufrage, la force qu'il faut contre les courants de l'histoire et des océans, contre les destinées orientales affichées, la force qu'il faut pour ramener au pays où l'on écrit ces Chinois de 20 ans qui partent pour Haïti, de l'autre côté du monde, de l'autre côté de l'espérance, un dollar humide roulé dans du papier crépon au fond de leur poche trouée.
Carl de Souza est né à Maurice, le 4 mars 1949, à u




