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Libération
Critique

Deuil pour deuil.

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Philippe Besson raconte l'agonie d'un frère. C'est un roman.

Publié le 11/10/2001 à 1h14

Ils sont deux frères, presque jumeaux, Thomas et Lucas Andrieu, l'un meurt, l'autre pas. Thomas meurt, on peut même l'écrire entre guillemets puisque ce sont les deux premiers mots du livre: «Thomas meurt». Lucas raconte. Ils ont un an de différence. Ils se sont ressemblés, sans le savoir, on ne regarde pas l'autre comme un miroir. Ils se ressemblent de moins en moins, l'agonie travaille le corps, lui vole du poids, le ponctionne pour des raisons médicales infructueuses, lui enlève quelques organes devenus inutiles, supposés coupables, ici la rate, on appelle ça une splénectomie, on apprend des mots à accompagner les mourants. Lucas raconte la mort de Thomas au jour le jour, mais ce sont des jours croisés, dans un ordre de romancier, loin de l'ordre chronologique. Les derniers six mois de Thomas, du 7 mars au 8 septembre, le combat pied à pied, perdu d'avance entre une maladie mortelle et un homme mortel, les ignorances des médecins, la vie de l'hôpital, la mort dans la chambre voisine et les soins douloureux et vains, décrits avec une précision compétente, et la parentèle: l'amante du malade qui s'enfuit avec le courage de dire qu'elle en manque, l'amant du récitant qui s'en va puisque veiller sur un frère mourant est un job à plein temps, le père qui fait semblant d'être fort, la mère navrante: «Je vous le dis: on va guérir». Ce calendrier en croise un autre plus lent, il ne couvre que le dernier mois de la vie de Thomas, il ouvre le livre un 31 juillet et rejoint l'autre

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