Les surréalistes ont voulu mettre la poésie au service de la révolution, Guy-Ernest Debord a essayé de faire l'inverse. C'est en tout cas la thèse du livre de Vincent Kaufmann, professeur à l'université de Saint-Gall en Suisse et spécialiste des avant-gardes artistiques et littéraires. Au passage, il tentera de montrer que tous ceux qui ont reproché à Debord d'avoir fait preuve d'autoritarisme à la tête de l'Internationale situationniste, et d'avoir, à la fin des années 80, abandonné la révolution, n'ont rien compris ou fait semblant. Même s'impliquer dans une recherche biographique sur l'auteur de Panégyrique serait inutile: puisque d'une part «rarement une vie et une oeuvre ont autant coïncidé» et de l'autre «une des choses les plus belles dans son oeuvre, c'est [...] sa cohérence, à la fois obstinée, discrète et pourtant lumineuse». Renversant la perspective jusque-là privilégiée, Kaufmann explique que l'épisode situationniste n'est pas celui où le génie particulier de Debord s'est le mieux épanoui. Il a trop perdu d'énergie à empêcher l'IS, ce groupe d'artistes et de vagabonds d'être perverti, de frayer avec le monde des marchands et du spectacle. Ce n'était pas dans son tempérament et, mise à part la fugace embellie de mai 68, l'époque situ lui aurait pesé.
La grande période de ce guerrier sans territoire, de ce poète qui effaçait ses traces, serait plutôt les années 50, les années lettristes. Quand il fréquentait le café de la mère Moineau à Saint-Germain-des-Prés et pr




