En Amérique, Andrew X. Pham est américain, d'origine vietnamienne. Au Viêt-nam, c'est un Viêt Kiêu (prononcez «kiéou»), à savoir un Vietnamien d'outre-mer. Bref, il est toujours «d'ailleurs». Pourtant, devenu ingénieur, ce boat people arrivé à l'âge de 10 ans est, comme on dit, «intégré». L'anglais a détrôné sa langue maternelle. Le vietnamien, il le pratique avec ses parents. Avec ses frères et soeurs, c'est encore l'anglais, la langue du réel. Aucun problème, donc, si ce n'est qu'un jour Andrew ne veut plus être ce qu'exige de lui son père. Et, derrière, toute une communauté: les Vietnamo-Américains, cette parfaite synthèse du confucianisme, fondé sur le respect des rites, et de la libre entreprise anglo-saxonne imbue d'éthique puritaine. Alors quand son père lui rappelle: «Tous tes patrons seront blancs. Apprends à travailler.» Il acquiesce: «Oui, père. D'accord, père. Promis, père.» Et n'en pense pas moins: «Je ne veux pas être son Vietnamo-Américain. Je vois trop l'humilité servile de mes semblables, les concessions qu'ils font avant de demander grâce. Je hais leurs yeux bridés calculateurs. Leurs brusques gestes d'humeurs, leurs inclinaisons de tête [...]. Alors merde! Je dois faire quelque chose de non ethnique. Je dois partir. Accomplir mon pèlerinage.»
Andrew enfourche son vélo. Destination: Viêt-nam. Cependant pour le petit «An» devenu entre-temps «Andrew», comment parler de retour? Retourner c'est revenir au même endroit. Le passé est sans retour. Ici, il s'agit d'




