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Critique

Derrière les bureaux.

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Boutiquiers, dactylos,demoiselles des postes: deux ouvrages pour signaler l'importance de catégories négligées dans la genèse de notre contemporain.

Publié le 31/01/2002 à 21h52

Produit de l'école et de cette «révolution administrative» qui bouleverse peu à peu les Etats et les économies modernes, les classes moyennes, invention du XIXe siècle, sont vite devenues la grande affaire du XXe. Marx, pourtant, avait prédit la rapide extinction de ces petits bourgeois en voie de prolétarisation, et ses continuateurs y avaient vu un «mythe», surtout destiné à entamer la solidarité de la classe ouvrière. Les historiens suivirent, leur préférant longtemps d'autres catégories sociales, qu'on disait mieux en prise sur l'avenir, ou se contentant de voir en elles la clientèle attitrée des régimes autoritaires de l'entre-deux-guerres. L'hétérogénéité du groupe, il est vrai, ne plaidait guère en sa faveur. Boutiquiers, gratte-papiers, instituteurs ou demoiselles du téléphone, quelle unité pouvait donc bien réunir tant d'états et de professions distincts, apparemment exempts d'identité culturelle ou politique commune? Ce n'est que depuis une quinzaine d'années que les historiens ont vraiment commencé à prendre la mesure de ce phénomène décisif. Deux livres viennent aujourd'hui en préciser les enjeux.

Forte d'une démarche originale, dans laquelle elle croise les enseignements d'une analyse globale avec l'étude de 1000 itinéraires singuliers, Delphine Gardey s'est intéressée à l'univers des employés à un moment, le début du XXe siècle, où le bureau connaissait une série de transformations très profondes. Révolution quantitative d'abord, puisque l'ensemble des employés,

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