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Critique

Schwarzenbach à perte de vue.

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En 1939, Annemarie Schwarzenbach embarque Ella Maillart, dans sa surpuissante auto, pour l'Iran et l'Afghanistan. Ella thésaurise, Annemarie capte l'intangible.

Publié le 21/02/2002 à 22h21

Dans une lettre éperdue d'amour à Carson McCullers (qui vient de lui dédier Reflets dans un oeil d'or), Annemarie Schwarzenbach supplie son amie : «N'oublie jamais la terrifiante obligation d'écrire qui est la tienne. Ne t'en laisse jamais distraire. Ecris chérie, écris, et prends soin de toi, comme je vais le faire de mon côté» (1). C'est en écrivant qu'Annemarie Schwarzenbach prend le mieux soin d'elle et c'est aussi pour elle une terrifiante obligation que celle d'écrire. Pour preuve ce livre qui paraît aujourd'hui en traduction : Où est la terre des promesses ? sous-titré Avec Ella Maillart en Afghanistan (1939-1940). Autant Carson Mc Cullers et Annemarie Schwarzenbach étaient faites pour se rencontrer, autant la fascinante beauté androgyne d'Annemarie semble éloignée de la terrienne Ella. Mais le goût du voyage, «une communauté d'aspirations» écrit Annemarie S. dans son Journal (à quand sa publication ?), rapproche les deux Suissesses. Ella Maillart parle du «charme prenant» de sa compagne mais, «sûre de ne pas tomber sous son emprise», elle se sent capable de la délivrer de ce qui la ronge : les drogues dures. Un projet de voyage en commun prend corps alimenté par la lecture du livre de Robert Byron, la Route d'Oxiane (2). Maillart a déjà frayé en partie ces chemins quelques années auparavant, elle apporte son expérience, sa réputation. Annemarie dépose dans la corbeille de cette alliance de raison, le véhicule rêvé pour effectuer le voyage : une rutilante Ford au mote

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