Le 1er juillet 1836, Emile de Girardin, sorte d'aventurier balzacien déjà remarqué en 1828 pour le lancement du Voleur (une feuille composée d'articles parus dans les autres journaux), puis pour ceux de la Mode ou du Journal des connaissances utiles dans les années qui suivent, suscite littéralement l'événement en publiant son nouveau quotidien: la Presse. Deux innovations décisives accompagnent cette création. En divisant par deux le montant de l'abonnement (de 80 F à 40 F, soit moins que le prix de revient du journal), Girardin prend une décision qui allait bouleverser à terme toute l'économie des médias: ce n'est plus aux lecteurs, mais aux «annonces» qu'il revient désormais de financer les journaux. L'autre nouveauté concerne la littérature, si importante alors dans la constitution des modèles sociaux, et que l'introduction du roman-feuilleton transforme dans les colonnes de la Presse en nourriture quotidienne.
On connaissait, bien sûr, ces deux initiatives majeures de Girardin, mais l'ouvrage que publie aujourd'hui l'équipe de littéraires réunie par Marie-Eve Thérenty et Alain Vaillant à l'université de Montpellier dépasse rapidement ce constat initial pour donner à l'événement toute sa mesure. Collectif, ce qui demeure très rare en ce domaine, leur projet a d'abord constitué à suivre pas à pas, dans un essai de lecture exhaustive et continue, la première année de ce quotidien révolutionnaire, et à expérimenter sur lui une sorte de grille d'analyse méthodologique, extens




