En décembre 1957, trois des chefs militaires algériens, les colonels Abdelhafid Boussouf, Mahmoud Chérif et Belkacem Krim, faisaient assassiner au Maroc Abbane Ramdane, le principal leader politique de la révolution. Ramdane, explique l’historien Mohammed Harbi dans le premier tome de ses Mémoires politiques, s’était «fixé pour tâche de rassembler des forces politiques éparses pour isoler l’ennemi et de politiser en profondeur une insurrection populiste en rupture avec un mouvement national en crise».
Mohammed Harbi avait déjà rendu compte de ce «crime fondateur» dans FLN, mirage et réalité (Jeune Afrique, 1980), un ouvrage qui montrait le triomphe des «seigneurs de la guerre» au sein du mouvement de libération, à l’automne 1957. Ce basculement est à l’origine de la militarisation du pouvoir dans l’Algérie indépendante, jusqu’à nos jours.
Dans ses Mémoires politiques, Harbi va aujourd’hui plus loin : «Si on veut vraiment comprendre le devenir de l’Algérie, écrit-il, c’est à la formation d’une armée-...tat qu’il faut se référer.» Les pages qu’il consacre à cette question sont sans doute parmi les plus éclairantes de ce livre qui, remarque l’auteur, «cherche à rendre intelligible le présent de la société algérienne».
On y retrouve la rigueur d’historien du livre de 1980, mêlée à la chronique subjective de celui qui décrit sa pratique aussi comme une «préoccupation politique visant à n’être pas seulement un observateur, mais aussi un acteur de l’histoire de son pays». On y découvr




