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Interview

Tout commence à Sétif

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Pour l'historienne Annie Rey-Goldzeiguer, le vrai début du conflit algérien se situe en 1945, lors du massacre de Sétif qui créa une coupure irréparable entre les communautés. Entretien.

Publié le 11/04/2002 à 23h00

La guerre d'Algérie commence bien avant les premiers coups de feu de novembre 1954. Pour l'historienne Annie Rey-Goldzeiguer, «tout était en place» dès les massacres du Nord-Constantinois du 8 mai 1945. Consacrant sa vie à une recherche sur ces événements, elle a multiplié les enquêtes sur le terrain, avant de pouvoir enfin accéder aux archives en 1985. Son ouvrage est indispensable pour comprendre une période peu connue : celle de la Seconde Guerre mondiale en Algérie.

Pourquoi vous être intéressée à cette période ?

Je suis très impliquée parce que j'ai vécu en Algérie de 1943 à 1945. Avant guerre, ma famille habitait Tunis, où je suis née. J'appartenais à un milieu libéral, antiraciste, laïque. Je n'ai connu l'Algérie qu'en 1940 lorsque j'y ai passé des vacances, avant de quitter Tunis et de m'inscrire à l'université d'Alger. J'y ai vécu deux années extrêmement intéressantes sur le plan intellectuel. Nous avions des discussions passionnées, Alger était une ruche extraordinaire, où s'exprimaient des positions allant du royalisme pétainiste jusqu'à l'extrême gauche. J'étais encore en Algérie lors des événements de Sétif, le 8 mai 1945.

Vous apparteniez à ce que vous appelez, - le «monde du contact» entre Européens et Musulmans.

Jusqu'alors, je voyais plutôt dans la colonisation une «mission civilisatrice». D'autant que, en Tunisie, mon père était médecin et avait accès à ceux qu'on appelait les «indigènes». A mon arrivée en Algérie, ma première impression a été épouvantable. J'a

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