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Libération
Critique

Ulster à l'estomac

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Deux frères irlandais , chacun à sa manière cramponné à une société machiste, bigote et solidaire.

Publié le 11/04/2002 à 23h00

Dans Falls Road, à l'ouest de Belfast, en 1994, les enfants de 8 ans sniffent de la colle, les voyous de 14 ans ont les genoux défoncés par les Provos, il y a des ordures qui traînent, une «odeur rance de vieille pisse, des fenêtres brisées, des fenêtres barricadées, des fenêtres défoncées». Quand on vient d'Irlande du Sud et qu'on se promène par là, on est «comme les Yankees». A peu près aussi étranger en effet. Kitty Fitzgerald, du comté de Cork, Irlande du Sud, a rencontré Danny O'Neill, de Belfast, Irlande du Nord. Comme Danny, Kitty est catholique, par son père ­ «sa mère frappe de l'autre pied» ­, mais ils vivent dans des mondes séparés. «Tu ne sais rien [...] de là où je viens, ça pourrait aussi bien être l'autre face de la lune, ça ne changerait rien pour toi avec tes jolies petites images de rues crasseuses bourrées de fanatiques et de cinglés... Avec [leurs] drôles d'accents et [leur] soif de tuer.»

Danny part pour Londres. Eamon, le frère aîné, reste à Belfast avec la mère. Quand Ma O'Neill a le nez qui coule et les mains occupées à pétrir le pain, elle n'a qu'à dire «Eamon» pour qu'il sorte «un mouchoir en papier... pour atteindre le nez de sa mère. Elle souffla fort une fois. Il essuya et jeta le mouchoir». Eamon va à la messe tous les dimanches et visite une prostituée trois fois par an. C'est une figure respectée du quartier et un terrifiant mélange de rigidité, de frustration sexuelle et de sadisme. C'est aussi un homme «impliqué», involved comme on dit à Belf

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