La nouvelle du trépas de Moritz Thomsen, mort à 76 ans du choléra le 28 août 1991 dans le port équatorien de Guayaquil, a mis deux mois pour filtrer jusqu'aux Etats-Unis et atteindre ses admirateurs. Typiquement, il n'a eu droit à des notices nécrologiques qu'en Angleterre, où il était publié depuis peu. Le Daily Telegraph, le Gardian et l'Independent (Martha Gellhorn, Norman Lewis et Paul Theroux, respectivement) : la stature de ces auteurs laissait néanmoins deviner celle que Thomsen avait enfin acquise auprès des connaisseurs. A cette époque, les trois livres publiés de son vivant étaient tous disponibles aux Etats-Unis et en Grande-Bretagne. Un volume posthume suivrait un peu plus tard. Aujourd'hui, alors que paraît chez Phébus son premier livre traduit en français, les ouvrages de Thomsen ont complètement disparu des rayons anglo-saxons.
Mais quelle manière d'Américain pouvait bien résider dans une latrine tropicale notoire comme Guayaquil, et ceci pour «raisons de santé», comme il s'amusait à le dire ? Le délabrement physique de Thomsen était tel, dû à la tabagie et à ses conditions de vie précaires, qu'il lui avait fallu quitter l'altitude et l'atmosphère relativement cosmopolite de Quito pour ce port insalubre qu'il appelait lui-même «le trou du cul du monde». Souffrant d'emphysème grave, il s'entêtait néanmoins à habiter au troisième étage. «Je jetterai la clé dans la rue», écrivait-il à un journaliste qui voulait lui rendre visite, un mois avant sa mort.
Ce goût pour




