«C'est à Paris que la ville advint à la conscience», écrit Karlheinz Stierle en ouverture de l'imposant ouvrage qu'il consacra, il y a près de dix ans, à la naissance du mythe de Paris, et dont la traduction française paraît aujourd'hui. La formule résume assez bien les principales thèses défendues par l'auteur : c'est l'expérience de Paris qui fonde, au début du XIXe siècle, le discours moderne sur la ville ; oeuvre de la littérature, celui-ci fit de l'espace urbain un univers de signes, qu'il convient donc d'appréhender comme un texte ou un grand palimpseste. On reconnaît là, bien sûr, les intuitions célèbres de Walter Benjamin que Stierle, fort de toute la tradition philologique et herméneutique d'outre-Rhin (il enseigne à l'université de Constance où il a succédé à Hans Robert Jauss), s'est employé à prolonger. Bon connaisseur de la littérature française du premier XIXe siècle, il s'est ainsi lancé, en archéologue, dans «l'aventure de la fonction sémiotique de la ville» qui conduisit Paris à se penser peu à peu comme un espace «lisible».
Trois temps rythment son exploration. Le premier, plus généalogique, s'attache à reconstituer l'émergence progressive de cette conscience moderne de la ville. L'auteur montre ainsi comment les premiers fils se nouent dès la Renaissance, autour du genre des guides (Gilles Corrozet vers 1530), puis des Antiquités de la ville qui prospèrent dans leur sillage. Avec Boileau (les Embarras de Paris) et surtout La Bruyère (les Caractères), la vil




