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Libération
Critique

L'amour sans crier gare

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Une dérive sentimentale prise dans les entrelacs d'un réseau ferroviaire et affectif.

Publié le 30/05/2002 à 23h38

Il y avait eu B., la Suédoise, puis A., l'Italienne. Aujourd'hui, plus personne. L'homme qui parle est seul dans l'appartement saccagé par sa dernière dispute amoureuse. «(...) Je remâchais ces disparitions sur le mode compulsif d'une nennia, comptine pleine de stupeur : B. me quitte, je dérive, j'essaie la rose du monde, qui s'envole, je trébuche dans un trou, je tombe sur A., qui me brûle, et s'en va. Cela commence comme un B.A.-BA sentimental, qui pourrait être une base, une matrice, une motrice pour articuler autre chose, continuer un discours une fois le sol bien décapé.» Mais faire table raseest impossible. Surtout quand on a tant voyagé et pris le train, à savoir tant aimé. Les trajets motivés par le sentiment ont formé de curieux rhizomes qui ne cessent de croître malgré le temps, et voilà l'amant pris dans les entrelacs d'un réseau ferroviaire et affectif. Pour parler de ce souvenir qui s'accroche, le narrateur a un mot : «lichen». Plante qui résiste et recouvre la surface des choses. Transports est un premier roman sur le mouvement amoureux, le rapport motion-émotion, le mystère de la translation du sentiment d'une personne vers une autre, et peut-être, au fond, l'infranchissable distance entre les êtres qui est celle-là même du désir.

C'est dans la blanche rumeur des cahots du train que Rémi Cassaigne trouve le rythme du ressassement de l'amour perdu et un style qui, «dans les plis du paysage» défilant à travers la vitre, aime à faire des détours. Décrire les ville

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