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Libération
Critique

Chacun son camp

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Républicains espagnols, juifs en attente de déportation , collaborateurs à la Libération: quelque 600 000 personnes ont été parquées en France entre 1938 et 1946.

Publié le 20/06/2002 à 0h01

Le XXe siècle a, dans une large mesure, été le siècle des camps, à telle enseigne que le nazisme, après Buchenwald, s'identifie à Auschwitz, le stalinisme tendant à se confondre avec le Goulag. La France n'échappe pas à cette fatalité, comme le suggère la triste réputation de Drancy, Pithiviers ou Beaune-la-Rolande. Si les terres vichystes sont, depuis des décennies, bien arpentées, aucune étude, pourtant, n'avait abordé cette question. C'est dire que le fort volume que Denis Peschanski consacre à l'internement comble une lacune de taille.

Encore convient-il de prendre la mesure du phénomène que l'auteur, brisant la classique césure de l'Occupation, situe dans une perspective plus vaste. L'internement ne débute pas avec l'ordre nouveau que prône le maréchal Pétain, les républicains espagnols puis les ennemis potentiels de la France, Allemands et Italiens, peuplant les camps de la République. De même, il ne s'achève pas en 1944, les collaborateurs et trafiquants succédant, à la Libération, aux victimes de l'Etat français. Cette chronologie suffit à confirmer et la complexité des politiques menées, et la masse des individus concernés : 600 000 personnes ayant, à un moment ou un autre, subi l'internement.

Faut-il dès lors pointer les ruptures ou souligner les continuités, Vichy amplifiant les dérives liberticides d'une République en proie aux démons xénophobes et anticommunistes de l'avant-guerre ? Dans ce débat, Denis Peschanski prend clairement le parti de la rupture. Avant 194

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