Menu
Libération
Critique

Qui vivra Vera

Réservé aux abonnés

De retour d'Auschwitz, morte et vivante, Klara décide de dire non à tout, même à sa fille Vera, pour qu'elle vive. Un premier récit de Soazig Aaron.

Publié le 20/06/2002 à 0h01

D'abord l'exergue de Pinget : «Il faut avoir beaucoup dit pour mériter de se taire», puis le tout début : «Dimanche 29 juillet 1945. Klara est revenue. Voilà, c'est écrit. Il faut que je l'écrive pour que ce soit vrai et pour y croire». Angelika n'avait jamais tenu de journal, mais, ce jour-là, le surlendemain du retour de Klara, elle écrit, elle écrit pour se sauver, dit-elle, pour ne pas couler. Le livre reproduit ce journal, six semaines avec Klara, six semaines, le temps que Klara reparte pour toujours. Klara revient d'Auschwitz, après vingt-neuf mois de déportation, elle est ni saine ni sauve, pas même certaine d'être vivante. Elle dit non, c'est écrit en gros sur la couverture du livre, NON.

Klara est la mère de Victoire, tout juste mère lorsqu'elle a été arrêtée, mère d'une petite Vera (comme «qui vivra verra», dit-elle), mais on a changé son prénom, son nom (Blanc plutôt que Schwartz-Adler, on ne sait jamais) et ses parents, Angelika et Alban l'ont déclarée pour leur, pour la sauver, et Rainer, le père de Victoire-Vera, est mort en héros. Klara dit non. Klara dit qu'elle ne reverra jamais Victoire-Vera, qu'elle n'est pas sa fille, qu'elle n'est pas la veuve de Rainer, mais sa divorcée. Qu'elle vendra tout, qu'elle partira pour l'Amérique vivre dans une langue qui ne l'a pas encore tuée, qu'elle aussi changera de nom, et qu'on ne la reverra jamais.

Klara ne dit pas tout cela d'un même flot, elle commence par se taire. Elle dit «Non, che je ne feux pas», avec l'accent al

Pour aller plus loin :

Dans la même rubrique