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Critique

Chardin secret

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Que l’image soit picturale ou cinématographique, Jean Louis Schefer la dépouille des regards qui l’ont recouverte. Rencontre avec un écrivain qui a fait de l’expérience de l’art son oeuvre.

Publié le 04/07/2002 à 0h18

Quel temps fait-il ? Radieux, pluvieux, brumeux ? On n’en sait rien. Il n’y a pas de jardins dans les tableaux de Chardin. Pas de soleil ni de nuages. C’est une peinture d’intérieurs. Et, quand on est dehors, l’horizon est tellement bouché qu’il ferait peur aux claustrophobes. Qu’allait donc faire Schefer dans ce Chardin ? Il y a vu ce qui échappe aux regards fatigués qui, de la peinture, ne retiennent que ce qu’ils croient en savoir déjà. Il a déniché dans la Pourvoyeuse un petit triangle bleu qui est l’unique ciel du peintre. Il suffit alors d’observer le tableau à la lumière de ce triangle pour que la composition se réorganise et change non seulement de direction mais aussi de sens. La scène se déplace alors, quittant un fragment de vie domestique pour s’orienter vers une déclaration galante saisie au détour d’un discret tricorne comme au coin d’une réplique entre deux personnages de Marivaux.

Le petit triangle bleu de Jean Louis Schefer en dit autant sur l'art de Chardin que le petit pan de mur jaune de Marcel Proust sur celui de Vermeer. Ce ne sont pas des manières d'historien ni de critique mais plutôt d'écrivain. Certes, Schefer a lu beaucoup (Diderot, les Goncourt et Proust sont ici les plus cités), mais, quand il aborde une image, qu'elle soit paléolithique ou contemporaine, picturale ou cinématographique, on dirait qu'il la découvre pour la première fois. Il faut pour cela une grande érudition et beaucoup d'humilité. Pourtant, la méthode Schefer n'est ni savante ni

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