Le truc de Mauvignier, c'est de donner de la voix. Pas de hurler, non, certainement pas, mais donner une voix à ceux qui n'en ont pas, donner une première personne à ceux qui se prennent pour personne, un «je» à tel frère, telle épouse, telle ombre, voisin, voisine, tel inconnu, tous ces taiseux qui n'ont pas les mots pour dire le gros qu'ils ont sur la patate et qui s'aggrave à force d'être tu. Il a ce truc-là, Mauvignier, d'écrire dans la bouche des autres comme si c'était la sienne, pousser des monologues à leur terme, au moins jusqu'à la fin du livre, donner langue à des personnes (ce sont des romans, ce sont des personnages) qui n'auraient rien dit sans lui et nous les laisser mal consolés sur les bras, à nous pauvres lecteurs, démerdez-vous.
Ceux d'à côté, Claire et Sylvain, sont les voisins de palier de Cathy ou Catherine, c'est selon, surtout Claire, Sylvain n'habite pas là, un jour peut-être, pour l'instant, il n'est que le fiancé, s'il avait habité là, rien ne serait arrivé, mais ça... Ni Claire, ni Sylvain ne reçoivent la parole de Mauvignier, c'est Cathy et un autre qui parlent, qui écrivent plutôt, car ce n'est pas au prétexte qu'on écrit au nom d'un autre qu'on doit négliger l'écriture, au contraire, Mauvignier reconstitue dans une langue réfléchie, audible, ce ton inventé du monologue intérieur, inventé, forcément, puisque par définition personne ne l'a jamais entendu, le monologue intérieur de ceux qui ne disent rien. Cathy est l'amie de Claire, même après son




