Il y a un peu plus d'un an, dans une librairie de Los Feliz à Los Angeles, Eddie Muller sacrifiait au rituel américain de la lecture-promo de son premier roman, The Distance, merveilleuse évocation du milieu de la boxe dans le San Francisco de l'après-guerre. Comme Muller a un bagout de bateleur, la soirée avait tourné en monologue, et il parlait de son père, chroniqueur sportif au San Francisco Examiner sur lequel il a basé son héros Billy Nichols. Il racontait comment, étant gamin, son père lui avait donné un roman à lire à sa place, voir si cela valait la peine d'une mention dans sa chronique («il avait beau avoir de l'encre dans les veines, il ne lisait rien que les journaux et les feuilles turfistes»). C'était un jour de 1969, le roman s'appelait Fat City (1), et Eddie, trop jeune, n'avait pas pu le finir. «Trente ans plus tard, je n'avais qu'une idée en tête, c'était d'écrire un roman de boxe que je pourrais oser montrer à l'auteur de Fat City. Je connaissais Leonard Gardner, de loin, pour l'avoir souvent vu aux rencontres de boxe ou au Newman's Gym. Mais, le jour où il a accepté de lire mon livre, je n'en menais pas large. Pour moi c'était comme finalement rencontrer le tenant du titre.» Gardner a fini par écrire une recommandation pour la jaquette de The Distance.
Cette image de l'écrivain mettant les gants contre la figure tutellaire est aussi vieille que Gentleman Jim Corbett, le boxeur dandy de San Francisco que jouait Erroll Flynn. Dans plusieurs nouvelles, Bukows




