Laurence Tardieu a 29 ans, Comme un père est son premier livre. Louise a 25 ans, Comme un père est son premier livre, l'une en est l'auteur, l'autre la narratrice, ça leur fait déjà un point commun, pour le reste on ne sait pas, on ne veut pas savoir. Louise n'a pas de patronyme, elle s'en passe volontiers, de ce nom du père, du père aussi, gommé, rayé, biffé de sa vie, elle n'en parle plus, elle fait semblant de ne pas voir les traces de gomme comme des cicatrices sur son âme. Louise vit, elle est sculpteur, travaille d'ahan à sortir du marbre des idées légères, elle nage, elle aime la musique et Anna qu'elle a connu dans un accrochage, elle aime Lucien qui la demande en mariage, sa mère est morte voici quatre ans dans un accident de la circulation dont elle a fait un deuil trop raisonnable. Une jeune femme comme celle-ci ne devrait faire que de la figuration dans un roman de jeune femme comme celle-là.
Et puis non, le père de Louise existe, il sort de prison vingt ans après être sorti de l'horizon de Louise, il sort et n'a plus qu'elle au monde, ruminée et pleurée si longtemps sans le moindre espoir de ne pas être rejeté, il lui demande de l'héberger pour quelques jours, Lucien est en voyage au Luxembourg, Louise accepte, le bout des lèvres, Louise accepte, quand son être entier le refuse. Le père est là, le livre est là, dans cette confrontation quasi silencieuse entre un vieil homme lucide et tremblant perdu comme une souris de laboratoire hors de son labyrinthe, et sa fi




