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Libération
Critique

Petits fils de fantômes

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Comment se construire lorsque ses parents sont orphelins de la Shoah.

Publié le 05/12/2002 à 2h01

Allô papa ? ­ Qui est à l'appareil ? Ça pourrait être une blague juive. Posée au milieu du livre, cette réplique en forme de dialogue de sourds entre l'auteure et son père ramasse toutes les douleurs qui sillonnent ses pages. Douleur des parents-orphelins, fils et filles de déportés juifs jamais revenus des camps nazis, confrontés à l'existence problématique de rejetons-miroirs. Douleur de leurs enfants, face à des parents estropiés, bancals, jamais vraiment dans leur rôle, et avec lesquels il faut se construire quand même. Pour écrire Tout le monde n'a pas la chance d'être orphelin (le titre, citation de Jules Renard, est une réponse de son père à ses premiers griefs d'adolescente), Marianne Rubinstein a choisi de laisser tomber son «bon goût» de sociologue distanciée et de mettre des miettes de sa propre chair, des bouts de sa propre histoire mêlés aux paroles d'enfants d'orphelins juifs, aujourd'hui adultes comme elle. Pour sonder les affres de «cette troisième génération, qui a hérité trop souvent de la deuxième le fardeau la Shoah», comme Serge Klarsfeld ­ lui-même fils de déporté et «père tyran» ­ le rappelle dans sa préface.

Avec une grande sobriété, les représentants de ces héritiers dévoilent la lourdeur de la tâche : remplacer les morts irremplaçables. Marc-Olivier, né en 1963 : «Lorsqu'il y avait un conflit ou une divergence dans ma famille, c'était moi qui arbitrais. (...) C'était surtout ma mère qui me mettais en situation d'être l'arbitre suprême, elle me donna

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