Des deux nouveaux livres de Tosches, celui qui nous arrive grimé n'est pas celui qu'on pourrait croire. Même si Blackface arbore en quatrième de couverture la trombine de son sujet principal, Emmett Miller, passée au noir de bouchon, il est de loin plus authentiquement fidèle au singulier talent de Tosches que le grimoire surchauffé qui a pour titre la Main de Dante, présenté en couleurs mordorées avec photo d'auteur tirée sur peau de prépuce papal Médicis coloré main, et recommandations intimidantes comme celle du Village Voice (au demeurant extraite d'une critique largement négative) : «Un Nom de la rose, mâtiné de Sopranos, par le Norman Mailer de l'après-Elvis.» Même s'ils présentent les mêmes symptômes alarmants, les deux livres offrent les deux extrêmes de l'écrivain : ce qu'il fait le mieux, et ce qu'il croit pouvoir faire mieux que personne.
Blackface a pour fil conducteur ténu la vie et l'oeuvre d'Emmett Miller, obscur artiste de music-hall dont la voix et la destinée hantent Tosches depuis un quart de siècle. Miller était un comique et musicien qui se produisait grimé en Noir dans les minstrel shows, dont la vogue prenait justement fin durant sa période d'activité. En suivant les traces élusives de sa vie, qui se réduisent à deux ou trois photos, deux douzaines d'enregistrements entre 1925 et 1936, et deux dates sur une tombe que Tosches n'a retrouvée qu'en 1996 à Macon en Géorgie, où Miller était né aussi (1900-1962), Tosches brosse en fait une archéologie de la mu




