Explorateurs, conquérants ou chercheurs d'or, mercenaires et flibustiers, intrigants de haut vol ou chevaliers errants, l'Histoire regorge de ces «aventuriers» dont la geste et les exploits ne cessent de résonner à nos oreilles compatissantes. Sommes-nous si sûrs cependant que ces diverses figures incarnent toutes autant la notion d'aventure, et que celle-ci constitue une catégorie immuable de notre imaginaire ? A ces questions, Sylvain Venayre répond par la négative. Davantage qu'un type ou un style d'événements, l'aventure est, selon lui, «le fruit d'un regard» posé sur le monde et sur soi, l'expression d'un désir et d'un sentiment, largement constitutifs de notre modernité. Elle est en ce sens «une représentation dont la mise en forme, historiquement datée», émerge en Occident au tournant des XIXe et XXe siècles.
Cet avènement de l'aventure, Sylvain Venayre le repère à deux moments précis. Le premier, perceptible dans les années 1850, est surtout marqué par l'invention d'une littérature qui lie l'aventure à l'éloignement géographique, «désir des confins» ou mise en scène des «lointains». Dans le sillage d'un Chateaubriand ou d'un Joseph Caillé, premier Européen à atteindre Tombouctou en 1830, l'imaginaire se fixe alors sur les blancs de la carte. L'époque est à ces hommes qui voulurent être roi, à l'instar de Raousset-Boulbon, condottiere français qui tente, en 1852, de se tailler un fief dans la Sonora mexicaine, d'Antoine de Tounens, ancien notaire parti fonder en 1861 u




