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Libération
Critique

O. les beaux jours

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Et comment raconter une vie ? Victoire à la Rachid O. avec son nouveau roman.

Publié le 09/01/2003 à 21h43

Ce qui reste est le quatrième livre de Rachid O., on ne peut rien lui reprocher, ce n'est pas lui qui a commencé, c'est l'Enfant ébloui (Gallimard, 1996), maintenant c'est trop tard : «On aurait dû me prévenir, que le premier texte ouvrait tout et laissait le champ libre jusqu'à celui-ci. Que ça met forcément dans des états pas beaux à voir, mais un livre en appelle un autre, et comment raconter une vie ?», page 83. Aux autres non plus qui déjà racontaient cette vie on n'a rien à reprocher, ils nous ont enchantés, ils ont donné une voix à ce jeune Marocain homosexuel lumineux, impudique et réservé (il sent que la pudeur est une hypocrisie, et l'exhibition une vanité), naïf et intelligent, assez naïf pour savoir que la beauté et l'amour sont vertus, trop malin pour les croire partagées. Des trois premiers livres, revendiqués avec la légèreté du bonheur et du malheur (ces valeurs ne s'opposent pas pour Rachid O., elles se complètent), avec la générosité de la jeunesse, on ressort revigoré devant tant d'insouciance enviée, tant de curiosité aiguë, comme lavé par cette immersion dans un monde de sexe, d'amours ailleurs interdites, sans le moindre coupable. Avec la mort qui rôde comme une passante sans haine.

Mais on n'écrit pas impunément, aussi, dès la page 25 de ce nouveau livre, il faut avouer ce que l'éditeur expose sur la couverture : «Juste, avant de continuer, je voudrais remettre quelque chose en place : je construis malgré moi mon image à vos yeux, ne soyez dupes d'aucun

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