«Je ne cherche pas à créer des images, juste à montrer ce qui se passe de l'intérieur, sans dramatiser ou enjoliver. J'essaie d'être un transmetteur à l'état brut». Yves Leresche résume ainsi le parti pris de Rrom, réalisé après trente-cinq voyages en Roumanie dans trois communautés tziganes, dont celles, très traditionnelles, des Caldarari et des Caramidari. C'est un livre d'une absolue rigueur, magnifique et intense parce qu'il décrit la vie au quotidien - ou plutôt la survie - de ce peuple estimé officieusement à deux millions de personnes, et à 600 000 d'après le gouvernement roumain. «Ils adorent se laisser photographier, poursuit Leresche, ils sont même très photogéniques, mais il faut beaucoup de temps pour déconnecter leurs attitudes toutes faites, cette frime contre l'extérieur, et passer le mur de la pose.»
Rrom contient 94 photographies en noir et blanc, et chacune d'elles est l'histoire d'un instant qui a sa propre nécessité, comme le souligne Yves Leresche : «J'arrive et je prends ce qui vient.» Le cochon qu'on égorge pour le mariage. La baignade tout nu dans les marais. La cueillette des framboises. Le dernier hommage au mort dans son cercueil. La préparation de la polenta de maïs. Et ainsi de suite, moments inoubliables qu'on partage aussi sans l'appareil-photo, parce que le plus important, ce n'est pas de faire sensation, mais d'être simplement là. Depuis son premier voyage en 1990, Yves Leresche a changé de voiture, a appris leur langue et leurs coutumes, to




