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Libération
Critique

Où est le bec?

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La déchéance d'un écrivain à succès qui finit raide mort dans un soupirail.

Publié le 31/01/2003 à 22h03

Philippe Lafitte est né il y a quarante-deux ans. Mille amertumes est son premier roman. Voilà tout ce que nous devrions savoir de l'auteur, mais nous en savons bien plus: il a écrit les deux cents pages que nous venons de lire et qui nous laissent sur le flanc. Les premières pages disent le temps de l'Histoire, une génération et l'on croit que cette drôlerie désabusée sera le ton du livre, on cite le deuxième paragraphe: «Dans un pays dont j'ai oublié le nom un bonze prend feu pendant qu'à une tribune un président américain affirme qu'en fait il est berlinois. Les gens applaudissent. Alors des soldats vert-de-gris retroussent les manches et posent des briques. Les gens regardent se construire un mur très long et même pas droit. Les gens pleurent.» Mais non, dès le deuxième chapitre le narrateur est dans sa niche, un tuyau d'aération, où il serre quelques habits, des cartons, des bouteilles vides et des coups à prendre.

De ce havre de rancoeurs et de soûleries, le récit tangue entre ce présent et les strates du souvenir, vagues réminiscences d'une enfance à l'île de La Réunion, les flamboyants, les premiers pas sous la varangue, ou les premiers coups entrevus, la petite main dans la main lâche de son père, sur le marché de Saint-Louis, et une carrière brisée et glorieuse d'écrivain. Une carrière qui passe pour un rêve ou un projet dans le récit avant de prendre corps dans un effet de réel copié (il emprunte les chemises vichy, une façon particulière et élémentaire de tenir sa

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