Du procès Barbie en 1987 à celui de Papon en 1998, de la commission instituée durant l'affaire Touvier pour éclairer les liens entre l'Eglise et la Collaboration à celles établies pour statuer sur le «fichier juif» de la préfecture ou la «trahison» supposée de Pierre Cot, nombreux sont les historiens qui ont, dans ces dernières années, délaissé la solitude des archives pour l'effervescence des prétoires ou des plateaux de télévision. En a résulté une forte «imbrication de la médiatisation, de la recherche et de la justice», qui a profondément divisé la profession. Scrutateur de longue date des pratiques historiennes, Olivier Dumoulin s'est attaché à cerner cette «nouvelle identité», qui modifie, selon lui, la fonction sociale de l'historien, mais aussi «les assises épistémologiques et déontologiques» de la discipline.
Son livre vient d'abord rappeler que l'irruption des historiens dans les affaires de la Cité n'est pas une nouveauté. C'est même en opposition à l'«antiquaire», simple collectionneur des traces du passé, que naquit à la fin du XIXe siècle l'historien de profession. A l'instar de Lavisse ou de Charles Seignobos, tous furent des pédagogues de la Nation, et les artisans d'une étroite «symbiose des valeurs savantes, civiques et patriotiques». «Maîtres de la méthode qui permet d'accéder à la vérité», ils furent ainsi nombreux à prendre part aux combats de l'affaire Dreyfus, puis à mobiliser leur savoir au profit de la cause nationale en 14-18. Cet engagement culmina




