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Libération
Critique

Restonica delenda est

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Intra et extra-muros, le malheur hébété d'une ville assiégée presque imaginaire.

Publié le 27/03/2003 à 22h23

Ce livre n'est pas un texte de circonstances, même si les circonstances semblent le convoquer comme témoin de moralité, ou plutôt d'amoralité au tribunal de l'histoire : la guerre est Un des malheurs, un autre est la honte qu'on a d'appartenir à cette espèce animale, l'humaine, qui développe tant de mesquine intelligence et de basse stupidité pour s'entre détruire. Un des malheurs fait résonner sans raisonner les choeurs de voix extra-muros et intra-muros d'une ville assiégée. Deux choeurs alternés, «Dedans» et «Dehors», disent le bonheur ivre de bombarder une ville et le malheur hébété d'être anéantis sans comprendre sous le feu d'un ennemi invisible et cruel. Restonica sera détruite, systématiquement, en deux cents pages brûlantes et hallucinées.

Le nom de Restonica, vallée corse, est le seul élément du livre qui évoque une possible situation géographique, sa consonance et les souvenirs qu'on a du siège de Sarajevo en 1992 et 1995, sa rue principale, son avenue des snipers, ses ponts coupés, vallée profonde et sans issue, collines armées jusqu'aux crêtes, occupent l'espace entre les lignes. Mais tous les autres noms, ceux des personnages, des villages alentours sont français, des noms communs, impropres, tirés de la langue et non pas recopiés sur de quelconques monuments aux morts, ils sont partie prenante d'un texte de littérature française, des noms comme vous et moi, coupables et victimes interchangeables. L'assaut est dirigé par le général Brûlé, la défense organisée pa

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