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Critique

Schmidt raille

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Dans un roman mêlant oralité, digressions, libertinage et surtout ironie, l'Allemand Arno Schmidt dénonçait dès 1956 le devenir des sociétés capitalistes et socialistes.

Publié le 27/03/2003 à 22h23

En 1956, la parution du Coeur de pierre divisa l'Allemagne. Immédiatement condamné par les champions de l'ordre moral («Que dieu protège la littérature allemande !»), le roman était en même temps salué par quelques-uns comme un chef-d'oeuvre. Pourtant, il paraissait amputé, car l'auteur était déjà sous la menace d'un procès pour Paysage lacustre avec Pocahontas. Vivant dans la précarité et désespérant de trouver un éditeur, Schmidt avait dû se résigner à couper mais avait laissé en place suffisamment de sorties venimeuses contre les deux Allemagnes, renvoyées dos à dos dans leurs errances suspectes ou bouffonnes, pour que le scandale éclate. Face à cette réception problématique, il dira plus tard : «Je proteste ici solennellement contre l'appellation "écrivain allemand" avec laquelle cette nation de veaux stupides cherchera un jour à me récupérer !»

Dans ce roman sulfureux dont un des titres pressentis avait été Bientôt, le monde de l'après-nazisme se donne tout entier. Arno Schmidt dénonce violemment le réarmement de l'Allemagne mais s'y fait aussi voyant et anticipe avec une ironie assassine le devenir économique, politique, culturel et sexuel des sociétés capitalistes et socialistes. Il prend une petite bourgade, Ahlden, entre Hanovre et Hambourg, une histoire simple, un trio de personnages ordinaires. Walter Eggers, entendre alter ego, est un collectionneur sans scrupules. Il n'a d'obsession que de s'approprier un volume des Almanachs d'Etat du Royaume de Hanovre dû à un

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