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Interview

La partition de Morris

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Benny Morris, auteur de «Victimes», appartient à la génération des «nouveaux historiens» qui a revisité les mythes fondateurs d'Israël. Il était de passage à Paris le 13 mars. Rencontre.

Publié le 10/04/2003 à 22h44

Votre livre sur le conflit arabo-sioniste s'intitule «Victimes». Les Israéliens sont-ils également des victimes ? Je pense effectivement que les deux côtés sont des victimes et que les deux camps se considèrent également comme tels. Ce sentiment est tout à fait important, parce qu'il fonde, des deux côtés, le droit aux représailles. Les Israéliens se définissent comme juifs et estiment qu'ils ont été, sur plus de trois mille ans, les victimes du monde chrétien et du monde islamique. Dans cette histoire tragique, le point culminant a bien entendu été atteint avec le génocide mais le sentiment de victimisation a été renforcé par les guerres menées par les Etats arabes et le terrorisme palestinien. Mais les Palestiniens se considèrent également comme des victimes. Victimes des juifs, bien sûr, mais aussi de l'Empire ottoman, de l'empire britannique et de l'Occident. Ceci dit, les Israéliens parviennent de temps à autre à dépasser ce sentiment et admettent qu'ils ne sont pas seulement des victimes. Beaucoup d'Israéliens ­ j'en suis ­ ont par exemple sympathisé avec les Palestiniens durant la première Intifada en reconnaissant que nous étions des occupants et que nous opprimions les Palestiniens, comme Israéliens mais également comme Occidentaux traitant fort mal le tiersmonde. Les Palestiniens, en revanche, refusent ce type d'approche et ont tendance à rejeter les fautes ou les responsabilités sur les autres. Or, aujourd'hui, avec la deuxième Intifada, c'est le tiers monde qui a

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