Si ce n'est pas une réhabilitation, cela y ressemble. Pas une réhabilitation politique. Mais esthétique. Pendant plus de soixante-dix ans, les Allemands qui se plongeaient dans Voyage au bout de la nuit ont cru lire du Céline, ignorant qu'ils tenaient entre les mains une traduction totalement «caviardée» de l'un des chefs-d'oeuvre de la littérature du XXe siècle. L'éditeur Rowohlt vient de réparer cette injustice avec la sortie d'une nouvelle traduction, saluée par les critiques pour sa finesse. A peine le roman paru en France à l'automne 1932, un petit éditeur de Munich, Piper Verlag, plutôt spécialisé dans les cartes postales, achète les droits de Voyage au bout de la nuit et en confie la traduction à un journaliste autrichien vivant à Paris. A la lecture du manuscrit, l'éditeur est sous le choc. Est-ce l'histoire de Bardamu, cet anti-héros, anti-patriote, qui n'est plus en phase avec l'époque (Hitler vient d'accéder au pouvoir) ? L'éditeur n'avait-il pas réellement lu le roman en français ? Toujours est-il que Piper décide de «retravailler» cette traduction. «Des paragraphes entiers ont été résumés en une ou deux phrases. Les formulations difficiles à comprendre (ce qui est fréquent dans cette oeuvre) ont été supprimées sans la moindre gêne», dit Heinrich Schmidt-Henkel, qui a passé près d'un an à retraduire le chef-d'oeuvre de Céline. De sorte qu'une grosse partie du roman n'a finalement jamais été publiée en Allemagne. Après la Seconde Guerre mondiale, l'éditeur Rowohlt
Critique
Les Allemands refont le «Voyage»
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Publié le 10/04/2003 à 22h44
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